Le site international Hot Peach Pages
par Virginia (Gin)Fisher Jan/03

in English

Comment l’idée d’insérer une page dans les annuaires téléphoniques de la Saskatchewan s’est transformée en ressource internationale et multilingue unique d’information sur la violence domestique

Un jour de février 1997, à trois heures du matin, j’étais en train de tracer la première ébauche d’un plan d’action visant à éliminer la violence familiale de Saskatoon (et de la région rurale environnante), plan que je devais présenter à un comité moins de huit heures plus tard. Plus précisément, je me creusais la cervelle pour trouver de quoi étoffer ma liste de recommandations. Je m’efforçais de ne pas paniquer , j’ai pris quelques grandes respirations et j’ai fait des yeux le tour de mon bureau à la recherche de l’inspiration. Mon regard est tombé sur l’annuaire téléphonique et instantanément, un tas de choses que je savais se sont mises en place pour donner une idée parfaitement évidente – l’information sur la violence doit figurer dans l’annuaire téléphonique. L’idée soudaine me venait en grande partie de ce que je l’avais appris en travaillent comme coordinatrice de la Provincial Association of Transition Houses of Saskatchewan (PATHS), l’association provinciale des maisons de transition de la Saskatchewan, et de diverses activités menées par le comité pour lequel je rédigeais ledit rapport:


     Par la suite, il s’est trouvé que mes efforts pour faire publier une page de renseignements sur la violence dans l’annuaire de la Saskatchewan ont coïncidé avec ma découverte de l’Internet et les limitations rencontrées dès le départ au sujet de la page d’annuaire m’ont poussée à me tourner vers la toile comme vers un moyen supplémentaire:

Sept. 1997 - Avril 1999 : Tout en menant une action intensive auprès du gouvernement pour obtenir des fonds, j’ai conçu la page destinée à l’annuaire en deux parties : une colonne de renseignements sur la violence et une colonne énumérant les organismes locaux d’aide et leur numéro de téléphone. Comme certains de ces numéros étaient ceux de services permanents (lignes d’écoute et services d’urgence) dits hot lines en anglais et comme les différentes sections de l’annuaire sont identifiées par couleur (les pages blanches, les pages jaunes, les pages bleues), j’ai décidé d’appeler ma nouvelle page de renseignements anti-violence les « Hot Peach Pages » (pdf voyez la page 2000-2001 pour l'annuaire téléphonique).

Mai 1998 : L’association PATHS se branche à Internet, grâce à un programme de subventions du gouvernement de la Saskatchewan appelé WOOL (Women’s Organizations Online). Le but de ces subventions est de brancher le plus grand nombre possible d’organisations de femmes de la Saskatchewan.

Avril 1999 : PATHS obtient une subvention du Centre national de prévention du crime, mais juste suffisante pour publier les Hot Peach Pages à titre de projet pilote dans deux des dix districts téléphoniques de la Saskatchewan, ce qui permet d’atteindre environ le quart de la population de la province.

Mai à Août 1999 : Je comprends soudain que si j’affiche sur Internet les Hot Peach Pages destinées aux dix districts téléphoniques, elles deviendront accessibles aux organisations de femmes de toute la province , à la suite des subventions WOOL. Je demande au Secrétariat à la condition féminine de la Saskatchewan, et j’obtiens du financement pour embaucher un expert conseil (Northern Lights Internet Solutions) pour qu’il m’aide à bâtir un site Web Hot Peach Pages, et je crée le logo de ce site.

Septembre 1999 : Les pages Hot Peach Pages paraissent pour la première fois dans les annuaires de la ville de Saskatoon et du district de Saskatoon.

Octobre 1999 : Le site Web Hot Peach Pages est lancé. Il contient des renseignements sur la violence et donne la liste des organismes locaux d’aide aux victimes de violence correspondant à chacun des dix districts téléphoniques de la Saskatchewan.

Janvier 2000 : Je reçois le courriel suivant :

(Traduction) « La chance était de mon côté quand j’ai entendu parler du site Web [quand vous êtes passée à la radio]. Je ne savais absolument pas qu’il existait une telle source de renseignement s et d’aide. Cela m’a aussi appris que je ne suis pas folle de penser qu’il y avait quelque chose qui ne marchait pas dans ma vie depuis plusieurs années. On m’avait amenée à croire que tout était de ma faute. Maintenant je sais que ce n’est pas vrai… Je pourrais continuer, mais vous avez sans doute entendu « mon » histoire des milliers de fois! Je tiens seulement à vous dire toute ma gratitude pour tous ces renseignements précieux que j’ai trouvés, dans la recherche d’une vie meilleure et de plus de bien-être. »

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     Au départ, j’avais non seulement imaginé le site Hot Peach Pages comme une solution de rechange, accessible aux districts qui n’avaient pas ces pages dans leur annuaire, mais j’avais également reconnu que, pour être accessibles à toute la population de Saskatchewan, il fallait que ces renseignements soient fournis dans d’autres langues que l’anglais. Sur une unique page d’annuaire, il n’y avait évidemment pas assez de place pour des renseignements en d’autres langues, mais sur le site Web, rien ne s’y opposait. J’espérais être capable d’offrir, dans leur propre langue, des renseignements adaptés à différentes collectivités, mais sans argent pour faire faire les traductions, j’ai dû lancer le site Web uniquement en anglais.

     Même si j’ai beaucoup discuté avec l’expert conseil, tout au long de la conception et de l’élaboration du site Web, c’est Northern Lights qui a entièrement bâti les toutes premières pages, parce que je n’avais pas la moindre notion de HTML. Toutefois, comme la PATHS n’avait pas de budget p pour embaucher un webmestre, une fois que le site a été créé, j’en ai été entièrement responsable. Petit à petit, j’ai appris à le gérer : au début, j’osais à peine changer un bout de texte ici ou là , puis je me suis mise à réparer un lien brisé par ci, à en ajouter un autre par là et, finalement, je me suis lancée à créer une page toute seule.

     À ma propre surprise, je me suis lancée dans l’entretien et la construction du site Web comme un canard dans sa marre et y ai découvert une passion qui nourrissait constamment mon imagination et mon désir de perfectionner sans cesse ce que j’offrais. Northern Lights m’avait donné 12 pages, et dans l’année et demi qui a suivi, j’en ai bâti plus de 500 autres, y consacrant des centaines d’heures supplémentaires non rémunérées. Une partie de mon plaisir était réellement la couleur, au sens propre et au sens figuré : travailler dans le domaine de la violence dont les femmes sont victimes au foyer est souvent déprimant , gris et sombre, mais les titres et les images et les cartes de ces pages ont été un vrai plaisir à créer. (J’ai commencé à inclure des cartes après avoir reçu un courriel des États-Unis , me demandant où se trouvait la Saskatchewan. Depuis, j’inclus toujours un lien avec une carte et avec des renseignements élémentaires sur chaque pays du monde, même ceux pour lesquels je n’ai pas encore de liste d’organismes d’aide. Il me semble que cela aide d’avoir une carte à disposition, quand on vous présente une liste d’organismes dispersés un peu partout dans le pays, mais il me semble aussi que la communauté mondiale des femmes se trouve un peu resserrée quand on voit le nom et l’emplacement des villes et des parcs nationaux du pays de chacune et en lisant quelques renseignements de base sur la géographie, la langue, la situation politique, économique et religieuse de chaque pays.)

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     Quand j’ai commencé, je ne cherchais qu’à rejoindre le plus de monde possible en Saskatchewan, mais des tas de détails se sont accumulés qui m’ont amenée à voir des possibilités toujours plus larges et m’ont poussée à étoffer ce que j’avais. En 2001, une subvention de 500 $ accordée par le Secrétariat à la condition féminine de la Saskatchewan à l’occasion de la Journée internationale des femmes m’a motivée à ajouter un premier grand groupe de langues (25) au site, puis un courriel qui demandait des renseignements sur les refuges existant en Floride m’a fait comprendre que sur l’Internet, je n’étais plus confinée à la Saskatchewan, mais que je pouvais aussi bien offrir la liste des organismes d’aide aux victimes de violence existant dans tout le Canada et même dans toute l’Amérique du Nord. Une fois partie, il était logique de vouloir élargir le site au monde entier. Je suis sure que si j’étais partie avec l’idée de rejoindre le monde entier, j’aurais trouvé la tâche trop grosse pour la débutante que j’étais. Mais en commençant petit, en bâtissant sur ce qui était déjà fait, et en élargissant lentement ma vision, au fur et à mesure que je prenais de l’expérience et de l’assurance, j’ai été capable d’amener le site à ce qu’il est aujourd’hui. Aucours des étapes suivantes, chaque nouveau pas s’est accompagné de l’acquisition de nouvelles compétences :

Quelque part en 2000 : Pensant toujours à ajouter d’autres langues que l’anglais, j’ai trouvé des sites parlant de violence en français, en allemand et en espagnol et j’ai créé des liens avec eux (améliorant du même coup ma technique de navigation). En décembre 2000, le site recevait plus de 100 demandes de pages par jour.

Janvier 2001 : J’ai numérisé et affiché la première d’une série de brochures en d’autres langues , que je m’étais procurées : par exemple, voici la brochure chinoise. (J’ai appris à cette occasion plein de choses sur la numérisation, la création de nouvelles pages et de liens avec ces pages.)

Mars 2001 : J’ai numérisé le reste de ma pile de brochures, ainsi que quelques traductions en cri et en déné que j’avais fait faire et j’ai ajouté 25 langues pour la Journée internationale des femmes (apprenant par là plus que je n’avais jamais voulu savoir sur la numérisation, la création de nouvelles pages et la création de liens avec ces nouvelles pages). J’ai appelé « EarthWords » la partie du site portant sur les langues et j’ai conçu le logo correspondant.

Avril 2001 : J’ai élargi la liste des organismes, par-delà la seule Saskatchewan, à l’ensemble du Canada (et perfectionné encore mon art de la navigation).

Juin 2001 : La fréquentation du site atteint maintenant 300 demandes de pages par jour.

Juillet 2001 : Soudain, je ne sais pas trop comment, la liste des organismes s’étend à l’ensemble du monde avec 152 pays , et EarthWords comprend 38 langues.

Fin 2001 : 15 pays et 2 langues de plus. La fréquentation se situe entre 450 et 500 demandes de pages par jour, en moyenne.

Mars 2002 : J’ajoute 7 nouvelles langues à l’occasion de la Journée internationale des femmes. (C’est la dernière fois que j’affiche sur l’URL d’origine, en raison de mon départ PATHS.)

Novembre 2002 : Bénévolement et sans aucun financement, j’ai refait une beauté au site Hot Peach Pages et l’ai relancées à une nouvelle adresse URL (http://www.hotpeachpages.net/) sous l’aile de CaNetiq, organisme sans but lucratif basé sur Internet, qui se consacre à donner de l’information sur la violence à la communauté mondiale des femmes. J’ai amélioré les listes et l’accès pour chaque continent et ajouté 15 pays pour un total182, et 6 langues pour un total de 53. J’ai aussi trouvé et adapté 20 icônes de langue que j’ai ajoutés aux pages EarthWords (par exemple, le mot « grec » en lettres grecques). EarthWords a désormais la plus vaste collection d’icônes de langues de toute la toile. (En cherchant ces icônes de langues, j’ai compris comment ma ténacité et mon intuition ont joué un grand rôle dans la réussite de mon site.)

Janvier 2003 : 6 nouveaux pays, 4 langues de plus, et des listes enrichies pour l’Europe et le Canada.

     En plus de EarthWords dans des langues de a à z (http://www.hotpeachpages.net/lang/index.html) et de la liste mondiale des organismes anti-violence classés par continent, (http://www.hotpeachpages.net/) et par pays (http://www.hotpeachpages.net/a/countries.html), le site Hot Peach Pages offre un assortiment de trucs et de renseignements utiles que j’appelle globalement NetHep! (http://www.hotpeachpages.net/a/nethelp.html) , soit :

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     (Concevoir et dessiner les logos de NetHep!, SurfSavvy!,des alphabets internationaux et de la conversion de PDF a encore été un vrai jeu. Pour moi, ce genre de travail n’est rien de plus que de la peinture aux doigts pour un adulte!)

     Je sais pour en avoir abondamment fait l’expérience, que la recherche des organismes anti-violence dans les pays situés en dehors de la sphère économique occidentale est frustrant et bien souvent stérile, même quand ces sites existent. Le site Hot Peach Pages vise à changer la situation, mais hélas, non seulement les principaux moteurs de recherche sont-ils inflexibles et difficiles à manier, ils sont en plus très réticents à lister des sites répertoires comme Hot Peach Pages — on dirait qu’ils pensent qu’ils sont les seuls à pouvoir créer un tel produit. En conséquence et jusqu’à présent, le site Hot Peach Pages, la source la plus complète de renseignements internationaux sur les organismes anti-violence, n’est toujours pas listé à l’article Domestic Violence : International de l’Open Directory Project, à l’adresse http://www.dmoz.com/Society/People/Women/Issues/Violence_and_Abuse/Domestic_Violence/International/, même si je leur en fais la demande depuis deux ans. Les 22 sites répertoriés à cette page dite « internationale » ne réunissent que trois langues, à part l’anglais, et répertorient environ 500 organismes, dans 26 pays. Le site Hot Peach Pages, pour sa part, indexe plus de 1 000 sites Web qui recensent ensemble au moins 10 000 organismes situés dans près de 200 pays. Peut-être faudrait que quelqu’un d’autre que moi suggère au Open Directory Project et à ses semblables de penser au site Hot Peach Pages1.

     Afficher les renseignements sur la violence dans le plus grand nombre possible de langues signifie que ces renseignements sont ensuite facilement accessibles aux fournisseurs de services de partout. Dans la semaine qui a suivi l’ajout de 25 langues, à l’occasion de la Journée internationale des femmes de 2001, j’ai reçu un courriel d’un refuge situé dans le nord de l’Alberta, dont les auteurs disaient combien ils appréciaient d’avoir une telle ressource et qu’ils allaient se servir des renseignements en anglais, français, allemand, arabe, déné et cri. Comme l’a dit Konota Crane, un agent d’aide autochtone auprès des services de police de Saskatoon, à l’occasion de cette même Journée internationale des femmes :

« Ces nouvelles pages Web signifient que d’un seul coup, nous passons de pratiquement rien à utiliser auprès de notre clientèle, à une accessibilité de 99 %. Pour les femmes dont la première langue est le déné ou le cri, le fait que des renseignements sur la violence domestique dans ces langues soient si facilement accessibles aux fournisseurs de services aura un effet puissant. Je le constate tout le temps dans mon propre travail. Quand on communique des idées à quelqu’un dans sa langue maternelle, on favorise une compréhension plus large et plus profonde et on permet une guérison plus rapide et plus complète. »

     Une autre preuve de l’utilité de ce qui est affiché sur la toile est la fréquentation du site en question. EarthWords est l’une des quatre destinations les plus fréquentées du site Hot Peach Pages et cela, depuis ce premier affichage en masse de la Journée internationale des femmes de 2001; j’en suis surprise moi-même.

     Les femmes sont capables de faire bon usage de la technologie de pointe, si on leur en donne l’occasion. De plus en plus d’entre elles, partout dans le monde, fréquentent la toile jour après jour et nous devons être là pour le plus grand nombre possible, dès qu’elles arrivent. Mon avant dernier point est que, au fur et à mesure que de nouveaux organismes anti-violence du monde entier créeront des sites Web dans leur langue d’usage, et que le site Hot PeachPages pourra établir des liens avec eux, et au fur et à mesure que des sites, des répertoires et des moteurs de recherche relatifs aux femmes, dans le monde entier, prendront conscience des ressources en constante amélioration qu’offrent le site Hot Peach Pages, et s’y relieront, il arrivera un moment où aucune femme sur terre ne mettra plus de cinq minutes à trouver des renseignements sur la violence dans sa propre langue, ou à trouver la source d’aide la plus proche, quelle que soit la langue qu’elle parle, ou le pays qu’elle habite. Et mon espoir ultime, c’est que quelque temps après, il n’y ait plus du tout de violence domestique.

1 Beaucoup de moteurs de recherche et portails sur l'Internet, tel que Netscape, AOL, Google, Lycos, HotBot, DirectHit et centaines de d'autres (mais pas Yahoo!), employez la base de données du Open Directory Project pour leurs mises à jour. Yahoo! est plus international, mais les ressources qu'il énumère sont insatisfaisantes dans quelques endroits et jusqu'ici, Yahoo! énumère seulement les Hot Peach Pages comme ressource canadienne.

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